« Tandis que la tragédie rougissait les rues, la bergerie florissait au théâtre » constatait déjà Chateaubriand. En dépit d’une intense production dramatique pendant la décennie révolutionnaire, acte de naissance d’un véritable théâtre militant, force est d’y constater la prédominance, tous théâtres confondus, des reprises de pièces anciennes et des comédies légères, sentimentales ou fantaisistes. Souvent constaté, rarement analysé, ce phénomène mérite d’être interrogé. Parler de politique du répertoire ne se réduit, ni aux engagements des écrivains dans les conflits de leur temps ; ni à l’instrumentalisation des spectacles et des spectateurs par des politiques culturelles volontaristes mais coercitives ; ni au pouvoir mobilisateur des textes auprès des spectateurs ; ni même aux représentations, littéralement à l’œuvre dans les pièces, d’une situation sociohistorique donnée.
C’est une façon d’interroger l’efficacité performative de l’interaction entre poétique de l’écriture et politique des textes. Cela permet d’abord d’établir un inventaire des auteurs « classiques » les plus joués pendant la Révolution et d’analyser, à partir des manuscrits de souffleur censurés et éditions caviardées, la nature des transformations subies par les textes sous la pression conjointe des stratégies des auteurs, des comédiens, des censeurs révolutionnaires, mais aussi de l’opinion publique, force politique montante. Cela permet aussi de mettre en évidence la façon dont l’Histoire en train de se faire s’inscrit dans les pièces de théâtre, envisagées sous l’angle des créations, mais aussi des reprises, censurées, caviardées et réécrites pour les besoins de la cause.
Cela permet enfin d’envisager les nouvelles dramaturgies nées de la conception militante d’un théâtre « école du peuple » (théâtre de propagande, historique, civique, patriotique …) ; mais aussi celles, taxées de « réactionnaires », inspirées par des attitudes de résistance ou de réticence aux idées et idéaux nouveaux (théâtre contre-révolutionnaire, d’émigration, anti-jacobin…) ; enfin celles cherchant dans les paradis artificiels de mondes imaginaires à éviter de prendre trop directement position sur les événements (utopies, uchronies, allégories, fééries…), tout en tenant, par la voie détournée du symbolique, un discours authentiquement politique de transformation des représentations dominantes.
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